Chez Framasoft, aKa signe le billet Ces logiciels qui ont les trippes à l'air… C'est une réponse à l'article Libérons-nous du libre de François-Xavier Ajavon, dans lequel l'auteur, semblerait-il à première vue, dénonce l'absurdité du logiciel libre face au logiciel propriétaire. aKa en conclut que l'article de Ajavon est plus un exercice stylistique et une caricature moqueuse du monde libre qui ne fera probablement aucun tort au logiciel libre lui-même. Encore une fois, ce qui me fait réagir est surtout le propos de beaucoup des commentateurs des deux textes précédents.

À la lecture de Libérons-nous du libre, j'ai surtout retenu qu'il ne s'adressait pas aux décideurs en entreprises ni aux particuliers qui s'interrogent à propos de ce nouveau pas-si-nouveau phénomène. Il s'adresse plutôt aux acteurs et militants du libre, en leur présentant une caricature de leur attitude et de leur pensée. La raison pour laquelle le terme "libre" est sans cesse inscrit entre guillemettes n'est pas uniquement, selon moi, un moyen de montrer que ce mot est fourre-tout, utilisé à toutes les sauces dans le monde libre pour désigner tout et tout. C'est aussi une façon d'afficher que plusieurs "libristes" tiennent certains discours de moutons, sans penser par eux-mêmes, en frappant systématiquement sur tout ce qui ne correspond pas à leur vision, en reprenant singulièrement l'argumentaire d'autres acteurs du libre... comme ils le reprochent aux utilisateurs qui ont des œillères chez les logiciels propriétaires. (Heureusement, tous les libristes ne sont pas ainsi, mais plus le logiciel libre se démocratise, plus la moutonnerie se répand.)

L'autre point que je retiens est la dénonciation de l'aspect religieux donné au logiciel libre. Les install party comparées à des offices dominicaux, la libération/conversion vertueuse des ordinateurs infidèles asservis aux logiciels commerciaux privateurs, Richard Stallman le gourou open space... J'avais d'ailleurs moi-même relevé précédemment dans un autre billet que cette adoration presque divine des logiciels libres m'effraie, car encore une fois on a affaire à une bande de moutons qui répète ce que l'on dit sans réfléchir deux secondes.

Bref, pour répondre à aKa qui demande si l'on pense que l'article de Ajavon fera du tort au logiciel libre : non. Au contraire, par son ironie, son utilisation extraordinaire de la rhétorique, son cynisme, Libérons-nous du libre devrait faire avancer le monde libre en faisant se questionner les libristes sur leur discours, sur la façon dont ils sont perçus et sur leur manière d'agir et de penser. Quelques comentateurs auront relevé que le texte de Ajavon n'est pas une critique pure et simple du modèle libre, mais bien de ce que sont certains libristes et communautés de libristes qui occupent l'avant-scène.


Monkey Infesation, par h4l0g3n1ty