Logiciels libres et religion
Par Alexandre P. le mercredi 9 juillet 2008, 00:01 - Libre Inc. - Lien permanent
"Évangélistes". C'est ainsi que les membres de la communauté francophone des utilisateurs d'Ubuntu sont appelés par Brunus dans les forums d'Ubuntu-FR. Stupeur.
M'enfin, non, ce n'est pas vrai, je ne suis pas surpris. Ce n'est pas la première fois que je remarque un certain amalgame entre religion et logiciels libres dans les forums d'Ubuntu-FR (est-ce aussi vrai ailleurs ?). Adam0509 disait que c'est aux utilisateurs de logiciels libres de répandre la bonne parole aux informaticiens. Caponeal appelle les adeptes plus "extrémistes" des logiciels libres les "ayathollahs du libre", et Damvdr s'estime un profane sous Linux parce qu'il vient à peine de découvrir Ubuntu. Il est du devoir des Linuxiens, selon FCDI, de remettre les utilisateurs de Microsoft Windows "dans le droit chemin" ; pour Rubyman, c'est une "révélation divine" qu'il faut transmettre.
Nazebrock disait que le temps où on envoyait des missionnaires pour convertir l'homme africain au christianisme n'est pas si loin après tout, et Keldath de renchérir qu'il serait temps d'arrêter cette manie de vouloir convertir tout ce qui bouge en incarnant un soit disant rôle de "sauveur". Très franchement, ils m'enlèvent les mots de la bouche !
À mon sens, il y a un très grande différence entre être adepte d'une philosophie (celle du logiciel libre) et être intolérent envers d'autres visions de l'informatique (le logiciel non libre). Entre comprendre et accepter, tout en n'étant pas en accord, que d'autres peuvent voir du bon dans le logiciel propriétaire, et rejeter tout ce qui est non libre, promouvoir le logiciel libre comme étant l'unique voie divine grâce à laquelle Saint Richard Stallman, Saint Linus Torvalds et Saint Mark Shuttleworth vont nous amener à l'illumination. Entre partager son point de vue et vouloir convertir à tout prix tout le monde vers l'Unique chemin vers le Salut Éternel, amen.
Y'a des fois où ça m'énerve grandement.

Commentaires
C'est effectivement un problème qu'on retrouve dans n'importe quel monde alternatif, celui de l'intolérance envers ceux et celles n'ayant pas encore fait le saut. Et c'est dommage car ça peut leur faire peur et ainsi nuire à la cause.
Ce comportement religieux amène souvent aussi quelques abus, tous aussi nuisibles à la cause: la surestimation des logiciels libres face à leur équivalent propriétaire. Les meilleurs exemples résident dans le domaine du multimédia. Aussi puissants que soient GIMP et Scribus, ils ne battent pas leurs équivalents propriétaires. Pourtant, sur les forums d'Ubuntu, il y a tant de membres qui surestiment les logiciels libres... Il n'y a pas meilleure façon de décevoir le nouveau venu après son essai. Qu'un logiciel libre réponde correctement aux besoins de l'individu, aucun problème. Mais il faut savoir admettre quand un logiciel est encore loin derrière l'adversaire propriétaire.
Et, tant qu'à en parler, on ne peut passer sous silence cette manie de classer comme inutile toute fonction qui n'est pas encore reprise dans le libre. «Non, Linux ne fait pas encore ça. Mais c'est inutile, de toute façon, tu n'en as pas besoin.»
Les mentalités évoluent, heureusement.
D'un côté, je comprends ces défenseurs du logiciel libre, cette nécessité de défendre des projets bénévoles avec souvent peu de moyens contre ces produits commerciaux de géantes entreprises. Ce besoin de montrer que le prix et l'entreprise derrière un logiciel ne sont pas les seuls facteurs gages d'un bon produit. Pour reprendre l'exemple de The GIMP : ce logiciel peut très probablement répondre entièrement aux besoins de beaucoup de gens ayant des besoins plus ou moins avancés en matière de graphisme. Que Photoshop n'est pas la seule solution valable, que tous n'ont pas besoin des fonctions avancées de gestion de couleur ou de filtres extravagants.
Mais je suis d'accord avec toi : il y a des gens qui ont ces besoins, et ça les fait bien marrer qu'on leur propose The GIMP en remplacement. Pas la peine de développer les propriétés manquantes parce qu'elles sont utilisées exclusivement par des professionnels, par une niche bien spécifique ? Justement, c'est un besoin de The GIMP. Ce logiciel se veut être quelque chose de plus avancé que TuxPaint, donc qui ne s'adresse pas à M. Tout le monde qui veut juste rajouter uen moustache à ses bonhommes-allumettes. Mais il n'est pas assez développé pour le professionnel. À qui s'adresse-t-il alors ?
Ça m'énerve aussi que tout ce qui est tatoué Gnou ou Manchot soit automatiquement proclâmé un succès assuré, une révolution, la quintescence des logiciels. Et étrangement, autant ce sont des nouveaux arrivants (d'après mes observations, donc rien de scientifique là-dedans) qui s'empressent de rejoindre un mouvement euphorique anti-$, autant ce sont d'autres nouveaux qui font changer cette mentalité en pointant les faiblesses des logiciels.