C'était il y a un an. J'étais allé la chercher chez elle, nous avions à discuter dans l'intimité. Le ciel était gris mais semblait vouloir se dégager. Nous avions prévu aller prendre un café, la Fauvette et moi ; plutôt, je lui ai proposé d'aller nous promener en montagne. Elle avait accepté l'idée avec joie, cela ressemblait plus aux événements durant lesquels nous nous étions connus, quelque dix années auparavant. C'était un jeudi matin frais, le parc venait d'ouvrir ses portes. Je m'étais attendu à ce que les sentiers soient tranquilles, peut-être allions-nous rencontrer deux ou trois lève-tôts qui profitaient de leur matinée. Au contraire, nous avions croisé de nombreux randonneurs. Tous souriants, tous bons vivants, jeunes et moins jeunes. Tous sans exception nous avaient souhaité la bonne journée lorsque nous étions passés devant eux. Cela m'avait profondément impressionné : il est si rare dans nos régions urbanisées de simplement se dire « Bonjour ! » entre concitoyens !

Un an plus tard, sur un autre sentier, sur une autre montagne. Seul, morose. Ces rencontres passagères m'ont apporté un peu de paix. Personne n'était obligé de m'aborder. Pourtant, c'était fort sympathique de leur part de me souhaiter la bonne journée (j'en avais bien besoin). Tradition que je me devrai de respecter ; est-ce que saluer les visiteurs du parc fait partie d'une sorte de « code du randonneur » ? Comme si le fait de se retrouver en nature transformait complètement l'être humain…

Évidemment qu'un « Bonjour ! » ne règle pas tous les problèmes comme par magie. Je suis toujours maussade, la grisaille forme toujours une boule au milieu de ma gorge. Mais il est un rayon de soleil qui réussit à percer un instant le couvert orageux.