Comme projet de fin de DEC, des amies et moi avions travaillé sur une recherche concernant la transmission du goût de lire auprès des jeunes enfants. Le sujet nous intéressait car nous désirions tous travailler auprès des jeunes, nous étions passionnés par la langue française et nous partagions les inquiétudes des parents d’aujourd’hui qui voient leurs enfants plus intéressés par les jeux vidéo et la télé-réalité que par les livres. Fahrenheit 451 deviendra-t-il réalité ?

Durant notre recherche, nous avons découvert que de forcer le jeune à lire par lui-même est une fort mauvaise idée. Plusieurs croient que d’obliger un enfant à lire dix pages d’un livre par jour, par exemple, est une bonne façon de lui transmettre le goût de la lecture. Pire encore est de le contraindre à terminer un livre qu’il a commencé. L’enfant ainsi contraint à lire développe plutôt un rejet de la lecture, qu’il perçoit comme une activité ennuyante et dégoûtante. Lire ne rejoint pas ses intérêt. Il perçoit le tout comme une corvée. Qui parmi vous se réjouit à la simple idée de faire du ménage ou du lavage ? L’enfant contraint à lire ressent la même chose envers la lecture.

D’autres façons de dégoûter l’enfant face à la lecture : interdire les lectures légères (bandes dessinées, magazines, livres humoristiques…), choisir et sélectionner ses lectures (afin qu’elles aient toutes un contenu riche et éducatif) ou encore lui poser systématiquement des questions sur les livres lus (afin de voir si l’enfant a bien compris ce qui y était conté). Tout ceci prend une allure de travail scolaire et le plaisir est retiré (le vilain-mot-de-la-mort-qui-tue a été dit : travail). L’enfant, encore une fois face à un livre et à la lecture, se voit contraint de lire quelque chose qui lui déplaît.

À l’opposé, des activités peuvent favoriser la transmission du goût de la lecture. Lire un livre avec son enfant est un excellent moyen de l’inciter lui-même à lire. Les bébés entendent la voix du parent comme une berceuse, les enfants aiment “jouer aux adultes” et imiter les grands, et même l’adolescent apprécie passer du temps avec son parent. En plus de combler des objectifs pédagogiques visés par le parent (élargissement du vocabulaire de l’enfant, élargissement de sa perception du monde), l’enfant perçoit cette activité comme une source de plaisir et de complicité avec son parent.

Une fois que l’enfant sait lire par lui-même, le parent peut continuer à jouer un rôle important dans la sphère littéraire de sa progéniture. Le parent qui propose des lectures susceptibles de plaire à son enfant (et pas seulement en accord avec le goût du parent) l’encourage non seulement à poursuivre sa démarche d’apprentissage, mais aussi à explorer le vaste univers littéraire et à devenir autonome dans le choix de ses lectures. Le parent ne doit pas non plus rejeter systématiquement les “lectures légères” : si elles plaisent aux enfants, elle l’emmène à intérioriser la lecture comme un moyen de divertissement.

Coin lecture et petite bibliothèque sont intéressants car ils offrent aux enfants la possibilité de lire des livres quand ils le souhaitent. De plus, lire soi-même un livre, sourire aux lèvres, en présence de l’enfant peut aussi stimuler l’intérêt pour la lecture : l’adulte montre l’exemple et démontre qu’il prend plaisir à cette activité.

Mais l’important reste qu’il ne faut pas forcer le jeune à lire : s’il n’a pas envie de lire, il faut respecter son choix. Parce que peut-être l’enfant n’aime-t-il tout simplement pas lire ? On peut mettre en place des situations qui vont favoriser la transmission de la passion de lire ; il n’existe aucune recette miracle qui inculque à coup sûr des passions ou des intérêts aux êtres humains. Si nous sommes capables d’admettre que certaines personnes n’aiment pas les jeux vidéo, pourquoi en serait-il différent de la lecture ?