N’est pas mon but de dénigrer Firefox: c’est un excellent produit qui convient à nombre de personnes. Précisons tout de suite: le navigateur par défaut est celui présent de base, dès l’installation de la distribution. C’est aussi un navigateur qui s’adresse à Monsieur Tout-le-monde. Pour des besoins plus spécifiques ou par simple choix, il est toujours possible de choisir un autre navigateur que celui inclus de base. C’est d’ailleurs ce que les utilisateurs d’Epiphany ont dû faire: télécharger et installer un navigateur alternatif. Mais on peut voir plusieurs avantages à ce que Epiphany devienne le navigateur par défaut dans Ubuntu.

Quelles sont les caractéristiques que doit posséder un navigateur par défaut? Ce doit être un produit simple, ergonomique et intuitif. Il doit être léger et efficace, tout le monde ne possédant pas le même matériel dernier cri (surtout en ce qui concerne les utilisateurs de Linux!). Un développement actif est nécessaire, afin que le fureteur soit sécuritaire. Tout le monde ne parlant pas la même langue, il est impératif que le navigateur puisse être traduit, de préférence suivant la configuration linguistique de l’environnement utilisateur. Enfin, il doit respecter les normes du web: l'utilisateur moyen se fout très certainement de ce point; toutefois, dans l’intérêt du web, ce point devrait faire partie des caractéristiques d’un bon navigateur par défaut. Bref, l’utilisateur moyen recherche un produit simple, efficace, sécuritaire et de qualité.

On peut déjà se demander: le choix de Firefox ou d’Epiphany en tant que navigateur par défaut importe-t-il à l’utilisateur moyen? À mon avis, non. Le nouvel arrivant sous Ubuntu recherche un bon navigateur performant pour parcourir l’Internet, il se fiche éperdument que son nom soit Firefox, Epiphany, Internet Explorer, Konqueror ou Safari.

Epiphany sous GNOME possède de nombreux avantages sur Firefox. Avec son interface en GTK+, le thème d’Epiphany s’intègre parfaitement à celui de GNOME et varie selon les changements de ce dernier, ce qui n’est pas du tout le cas de l’interface en XUL de Firefox. D’ailleurs, est-ce la raison pour laquelle Epiphany semble être plus réactif et utiliser moins de ressources que Firefox? De même, la localisation d’Epiphany suit celle de GNOME car elle est basée sur la localisation de GNOME, ce qui amène une constance dans les termes utilisés dans le fureteur et les autres applications GNOME. L’interface d’Epiphany suit aussi la GNOME HIG, ce qui amène une constance dans la disposition des éléments (éléments de menus, ordre des boutons dans les boîtes de dialogue, etc.) avec les autres logiciels GNOME. La date de sortie de la prochaine version du navigateur est connue: c’est la même que celle du prochain GNOME; son rythme de développement est donc le même que celui de l’environnement de bureau, c’est-à-dire d’une durée de six mois.

Epiphany inclut de base un “sauveur de session”, qui fait en sorte de retrouver les pages et onglets ouverts en cas de plantage du navigateur.[1] La gestion des onglets est aussi globalement meilleure que sous Firefox, avec leur déplacement à l’aide de la souris, à l’aide de la molette, vers une autre fenêtre ouverte ou dans la même fenêtre. On se déplace aussi d’un onglet à l’autre à l’aide du clavier de façon simple et aisée.[2]

Néanmoins, Firefox possède aussi quelques avantages. D’abord, le nom: Firefox est désormais connu. Le nouvel arrivant, s’il connaissait et utilisait Firefox sur son ancien système d’exploitation, espère peut-être retrouver ce repère en arrivant sur Ubuntu. L’interface de Firefox est assez semblable sous Linux, Windows et MacOS (on note quand même certaines différences: l’entrée “Préférences” sous Fx Linux se trouve dans le menu “Édition”, alors que “Options” sous Fx Windows se trouve sous “Outils”; un clic dans la barre d’adresse sous Fx Windows sélectionne tout le contenu de cette barre, ce qui n’est pas le cas sous Fx Linux; etc.).

Personnellement, je préfère la barre de recherche de Firefox à celle(s) d’Epiphany. Sous Firefox, elle est dissociée de la barre d’adresse et se trouve très accessible à sa droite. On peut y ajouter une foule de moteurs de recherche, et on en change de moteur simplement. Sous Epiphany, la recherche peut s’effectuer dans la barre d’adresse, comme c’est le cas dans Mozilla SeaMonkey. On peut toutefois lui ajouter des barres de recherche personnalisées dans la barre de signets; ça va quand on n’a qu’un ou deux boîtes, mais lorsqu’on a une dizaine de moteurs, c’est ingérable.

Le plus grand avantage de Firefox, diront certains, est sa gestion des extensions. Ainsi, Firefox est extrêmement modulable, personnalisable. Toutefois, cette modularité n’est peut-être pas nécessaire à M. Tartenpion. Les extensions existent plus pour combler des besoins spécifiques: Gmail Notifier à l’utilisateur de Gmail, Web Developer au développeur web, etc. Le nouvel arrivant qui ne cherche qu’à naviguer sur le web n’a pas besoin d’extensions; il ne connaît d’ailleurs peut-être même pas UMO! Les outils qu’il est sensible d’utiliser devraient être inclus de base; quant au superflus, l’utilisateur moyen sait s’en passer.

Le plus gros problème d’Epiphany à l’heure actuelle est qu’il dépend du paquetage pour Firefox. Eh oui, sans Firefox, pas d’Epiphany! Pour éviter de dérouter le nouvel utilisateur d’Ubuntu et surcharger la distribution, il ne devrait y avoir qu’un seul navigateur inclus à la base dans la distribution. Si le choix du navigateur par défaut se porte sur Epiphany, il faudra créer un nouveau paquet (par exemple, libgecko) contenant le moteur Gecko. On peut penser que ce pourrait être avantageux: si toutes les applications Gecko dépendent d’un même paquet contenant le moteur Gecko, alors on retrouvera des paquets plus petits pour SeaMonkey, Firefox, Thunderbird, Nvu, etc.

Epiphany comme navigateur par défaut dans Breezy Badger? Le débât reste ouvert…

Notes

[1] J’adore cette fonction, et j’en abuse. Quand je dois quitter l’ordinateur, je fais volontairement planter Epiphany à l’aide de l’outil de fermeture forcée d’un logiciel dans GNOME afin de sauver ma session :P.

[2] Firefox 1.5 corrigera certaines de ces lacunes, toutefois.