Le MP3

Un des points forts des réseaux d’échange P2P, c’est que toutes les chansons téléchargées sont disponibles en MP3. Le MP3 est un format audionumérique très populaire dû à sa petite taille et à sa bonne qualité de son, ce qui a fait sa popularité auprès des utilisateurs d’ordinateurs et d’Internet. Le MP3 est environ dix fois moins lourd qu’un son non compressé; une chanson d’une durée approximative de trois minutes peut désormais être téléchargée à partir d’Internet en une quinzaine de minutes sur une connexion par modem téléphonique ou cinq minutes par connexion haut-débit !

Depuis son introduction, la popularité du MP3 ne cesse de grandir. On voit surgir des sites et réseaux d’échange de MP3 (les réseaux P2P), comme l’ancien Napster. Les entreprises, avares de profits, lancent toute une gamme de produits compatibles avec le MP3: baladeurs, lecteur CD/DVD, logiciels de gravure, etc. Évidemment, ce mouvement encourage encore plus la pratique de l’échange de MP3 par Internet, et ce, malgré le fait que l’utilisation principale du P2P reste le piratage de musique protégée par un droit d'auteur interdisant sa copie.

Le seul véritable problème du MP3 actuel, c’est qu’il ne possède aucun système de gestion numérique des droits (DRM), contrairement à ses concurrents. Il n’en reste pas moins que ce manque en fait un format accessible. À ce jour, seul le format MP3 est compatible à 100% avec le matériel présentement sur le marché.

Le DRM

Pour contrer les réseaux d’échange et pour attirer l’intérêt des maisons de disque sur le marché des ventes numériques, les compagnies développant des formats audionumériques les équipent maintenant de systèmes de gestion numérique des droits, appelé DRM. Le digital rights managements est une mesure de protection appliquée sur les chansons achetées au format numérique à travers des magasins virtuels tels Archambaultzik, Connect, iTunes Music Store, Napster, OD2, Puretracks, etc. Le DRM est un système vérifiant (pour ne pas dire carrément “limitant”) l’utilisation des chansons achetées. Pour pouvoir être lue, la nouvelle acquisition doit être liée à une licence, récupéré lors de la première écoute et non transférable vers un autre ordinateur. Sans cette licence, la pièce est illisible. Cette protection évite ainsi ce que les maisons de disque craignent avec raison: que les pièces numériques, que leurs chansons se retrouvent sur les réseaux P2P, disponibles en téléchargement gratuit par tous. Toutefois, les DRM causent plusieurs problèmes, notamment au niveau de la limitation d’utilisation.

Pour faire jouer une chanson protégée par un DRM, il faut acquérir une licence, sinon elle est illisible. On se procure la licence lors de l’achat du morceau de musique sur un magasin virtuel, qui se chargera de transmettre la part de profit aux maisons de disque. C’est tout à faut légitime. :)

Le problème, c’est que le DRM limite d’autres points de l’utilisation d’une pièce légalement achetée. La gravure vers un disque compact est limitée à un certain nombre de fois. Le transfert de la chanson vers d’autres ordinateurs nous appartenant est restreint (généralement à cinq ordinateurs). Le transfert vers un périphérique portable (PDA, baladeur, téléphone cellulaire, …) est aussi limité, souvent à trois fois. Et même le nombre de fois qu’une chanson peut être écoutée avant qu’on doive se procurer une nouvelle licence peut être (s’il ne l’est pas déjà) restreint à un nombre x d’écoutes! Pourtant, le client n’a-t-il pas acheté légalement sa chanson?

De son côté, le MP3 ne possède aucune restriction de ce genre…

L’interopérabilité entre les formats numériques est nulle

Dans son article, Pierre-Luc en a fait mention. Sur le marché, on retrouve actuellement trois grands formats audionumériques protégés par un DRM. Apple a développé son système de DRM nommé “FairPlay” qu’il a appliqué à un format audio déjà existant, le AAC. Sony, lui, a développé son propre format audio et système de DRM, inclus dans le Atrac. Enfin, Microsoft, le géant de l’informatique, a lui aussi créé ses propres format audio et système de DRM compris dans la plate-forme Windows Media. Trois formats développés par des compagnies rivales qui visent la domination du marché.

Évidemment, ces formats audio sont incompatibles entre eux. Les chansons achetées sur l’iTunes Music Store d’Apple (donc au format AAC avec FairPlay) peuvent être transférées sur les baladeurs iPods d’Apple, mais ne pourront pas l’être sur un lecteur minidisque de Sony. De même, une pièce acquise sur Connect de Sony (au format Atrac) pourra sans problème être copiée sur un périphérique de Sony, comme le minidisque, mais ne pourra aucunement être transférée sur un iPod. Quant aux fichiers WMA, qu’on peut se procurer à travers de nombreux magasins (Archambaultzik, Puretracks, Napster, etc.), ils ne peuvent être transférés que sur des baladeurs supportant le WMA protégé.

Ceci limite donc une fois de plus le consommateur qui veut se procurer légalement des chansons de ses artistes préférés. Le possesseur d’un iPod a l’obligation de passer par l’iTunes Music Store, et le possesseur de périphériques Sony doit obligatoirement passer par Connect. Seul le propriétaire de périphériques compatibles avec les WMA protégés a plus de liberté, puisque c’est le format le plus répandu à travers les magasins virtuels. Cette limitation à un certain marché dérange les clients, et c’est un problème à l’éclosion du marché de la musique vendue par Internet.

Par contre, tous ces consommateurs ont une même alternative: utiliser les réseaux P2P, gratuits, illégaux, mais compatibles avec tous les périphériques…

iPod 3e génération, compatible uniquement avec iTunes

Une accessibilité limitée

Mon Dieu, combien de fois voyons-nous le mot “limité” dans ce texte?! Car non seulement les chansons achetées sont elles-mêmes limitées, mais les services de vente de musique en ligne eux-même aussi sont limités à un certain marché: sites consultables sous IE seulement, logiciels compatibles avec Mac OS X, Microsoft Windows 2000 et XP seulement, etc. Ils se privent du marché des Mac OS Classic, de Linux, des *BSD, de Windows 9x, … Quant aux réseaux P2P, on peut retrouver au moins un logiciel tournant sous chacun de ces systèmes d’explotation.

Avec toutes ces limitation, l’industrie cherche évidemment à “détruire” le P2P et regagner des parts de marché. Malheureusement, à mon sens, elle se tire dans le pied et elle ne fait qu’encourager le P2P, qui offre énormément plus d’avantages et de liberté au consommateur.

L’industrie musicale est-t-elle responsable de son propre malheur?